mardi 9 décembre 2008

Accents

Ma mère m'a téléphoné aujourd'hui et j'ai vraiment entendu son accent texan au téléphone. Son accent (en anglais, évidemment) est assez léger. Mais l'accent de mon père est plutôt prononcé...
Mon frère, qui est unilingue anglophone, a un accent qui varie entre celui du Texas et celui de la Californie.

Je n'ai jamais eu d'accent prononcé en anglais. Oui, tout le monde a un accent, mais je veux dire que j'ai toujours parlé l'américain « standard ». J'ai souvent entendu des commentaires comme : « Quoi ? Tu viens du Texas, mais tu n'as pas d'accent ! » Même vers l'âge de 11 ans, on me taquinait à l'école parce que je parlais « trop bien » et sans accent du Sud. On m'appelait parfois le « Britannique », ce qui m'agaçait un peu.

Il est intéressant pour moi de noter les différences entre l'anglais canadien et l'anglais américain. Les deux variétés sont vraiment semblables avec quelques différences minimes. Certains mots se prononcent différemment de part et d'autre de la frontière : « pasta », « progress », « against »... Il y a beaucoup moins de différences, pourtant, entre l'anglais canadien et l'anglais américain qu'entre l'anglais des Écossais et celui des Canadiens, par exemple, ou qu'entre le français des Québécois et le français européen.

En français, j'ai un accent pour les Québécois, mais pas pour les Français. Les Français pensent (normalement) que je suis français quand je parle. Les Québécois disent parfois que j'ai un accent, parfois non. Je pense que les Québécois ont plus l'habitude de repérer les accents des anglophones.

Une femme m'a dit samedi soir : « Ton français est parfait. Tu ne fais jamais de fautes. Mais tu as un petit accent. » Je sais que j'aurais dû être fier de ce qu'elle m'avait dit. Et je sais que ce n'était pas du tout un reproche sur mon accent, mais j'ai souvent tendance à être très critique envers tout ce que m'identifie comme locuteur non natif . Elle avait dit que mon français était parfait, mais la seule chose que j'ai vraiment entendu c'était que j'avais un accent. J'avais entendu : « Tu parles très bien, mais on sait que tu viens d'ailleurs. » Je pense que les étrangers qui vivent ailleurs que dans leur pays d'origine ont souvent ce sentiment d'insécurité linguistique, surtout si cet accent est dans une langue étrangère...

Je lis un blogue qui s'appelle Une Parisienne et un Québécois à Paris. Dans un billet récent, un des auteurs du blogue (le Québécois) dit ceci : « Je vis en France depuis 7 ans (déjà...) et à chaque jour l'on me fait un commentaire sur mon accent [...] Si j'ai gardé mon accent québécois depuis le temps, c'est que j'en suis fier et qu'il est utile au quotidien. Cela dit, il y a des jours où j'ai moins envi de jaser ou de rigoler. » Je pense aussi à Martine qui a dit dans un commentaire sur un des mes billets : « C'est un peu bizarre le sentiment que j'ai, parfois, "d'emprunter" la langue aux français... Et d'y ajouter mon accent... »

Je pense qu'il est important de ne pas oublier que notre accent fait partie de nous, de qui nous sommes, de notre vécu. J'aime bien relire les mots de Nancy Huston, une des mes auteures préférées, sur le sujet : « Maintenant, mon accent à moi aussi est là, inextirpable ; je sais que je ne m'en débarrasserai jamais. Il devient plus fort quand je suis nerveuse, quand je parle à des inconnus, quand je dois laisser un message sur un répondeur, quand je prends la parole en public. Si j'écoute ma voix enregistrée au magnétophone, j'entends exactement quels sons je déforme. Mais rien n'y fait, j'ai appris le français trop longtemps après ma langue maternelle ; il ne sera jamais pour moi une deuxième mère, mais toujours une marâtre. Mais mon accent, au fond, j'y tiens. Il traduit la friction entre moi-même et la société qui m'entoure, et cette friction m'est plus que précieuse, indispensable. Bien que j'aie désormais la double nationalité, canadienne et française, bien que j'aie donné naissance à une fille qui, elle, sera française jusqu'au bout des ongles et parlera sans accent, je n'ai aucune envie de me sentir, moi, française authentique, de faire semblant d'être née dans ce pays, de revendiquer comme mien son héritage. Je n'aspire pas, en d'autres termes, à être vraiment naturalisée. Ce qui m'importe et m'intéresse, c'est le culturel et non le naturel. Enfant au Canada, et plus tard adolescente aux États-Unis, j'avais le sentiment que tout y était (par trop) naturel. Vivre à l'étranger m'a permis d'avoir, vis-à-vis du pays d'origine et du pays d'adoption, un petit recul critique : je les perçois l'un et l'autre comme des cultures. »

3 commentaires:

Olivier de Montréal a dit…

On a tous un accent pour les autres. Matt a un accent québécois pour les Français, j'ai un accent français pour les Québécois.
Avant, j'avais l'accent parisien pour les Français...

Du compliment de la dame, tu devrais retenir que ton français est parfait, non? :)

Je te recommande ce blogue, si tu ne le connais pas:
Édouard est Américain, New Yorkais, et il écrit dans un très beau français. Tu devrais aimer:
http://www.auroyaumedesaveugles.com/

Shandara a dit…

Comme le dit si bien Olivier, on a toujours un accent.. j'ai un accent acadien au Québec, un accent québécois en Acadie et un accent Québécois en France.. bref.

Je pense que c'est une partie de nous et c'est ce qui fait notre charme :)

Merci pour ton passage sur mon blog :)

Martine a dit…

ahhh, les accents! Je pense qu'avoir un accent québécois en France, c'est un peu utile ;) les français réagissent en général bien quand je me mets à parler avec une teinte québécoise. Bien sûr, je fais un peu attention parce que je déteste répéter!!!

J'ai aussi remarqué que lorsque je présente des dossiers importants, je prends un bon accent québécois mais j'articule bien. C'est sans doute ainsi que je me sens plus confortable!